Saint-Mammès, entre silure et muscadet : notes d’un mardi en bord de Seine
C’est un lieu qui ne figure dans aucun guide des tendances ni des détours de charme, et c’est précisément ce qui le rend irrésistible. Saint-Mammès, petit port de Seine-et-Marne, a ce grain de patine que seule l’usure du vrai confère aux choses et aux gens. On y accoste comme on entre dans un roman de Simenon : doucement, à pas feutrés, le regard bas et les narines aux aguets. Car ici, ça sent. Pas le monoï ni le bitume chaud des villes pressées, non : ça sent l’eau tiède de la Seine, le fioul et le chien mouillé.
Mardi, en fin d’après-midi, je me suis laissé dériver jusqu’au Bar des Capitaines — un nom qui sonne comme un vestige de grandeur fluviale, un hommage discret aux mâts invisibles et aux cordages défaits. La terrasse est un théâtre. Des piliers de zinc s’éventent avec des verres de bière blonde. Ça parle fort, ça rit jaune, ça râle dru. Un gros chien noir — type leonberg, infect jusqu’à l’os — s’ébroue à vos pieds sans demander l’heure. On l’appelle « Rufus » ou « Keranuel de Keramana’ch », selon l’humeur.
Et puis soudain, surgissant du quai, une apparition : un homme ruisselant sort littéralement de la Seine, un couteau de pêche à la main et dans l’autre, un silure. Oui, un vrai, énorme, visqueux comme une parabole biblique. Le type le pose sur la berge comme on poserait un trophée sur l’autel de la République. Personne ne s’émeut. Ici, on connaît la Seine. Elle ne donne pas que des cartes postales. Elle offre aussi ses monstres.
On pense à Céline, à ses nuits de Rancy, aux visages blafards que l’eau rend à la terre. Ou à Blaise Cendrars, dont les doigts manquants vibrent encore dans le roulis des verres. Il aurait aimé ce bar, ce fleuve, ces hommes : les âmes cabossées qui ont largué les amarres sans jamais vraiment quitter le quai.
La façade de « Chez Fred », le bar des capitaines, nous parle d’un temps où l’on savait peindre des rêves marins sur les devantures. C’est un point relais, un point de fuite aussi. On y vend des paninis, des revues de PMU, des mots croisés à gratter. L’enseigne est peinte à la main, dans ce bleu qui fait semblant d’être la mer. Une frégate y fend des flots imaginaires : Saint-Mammès capitale du large intérieur.
Ce village, c’est une halte. Un bivouac d’âmes fluviales où les pendules n’ont pas été remises à l’heure depuis Pompidou. On y sent que l’histoire s’est arrêtée net quelque part entre 1972 et la dernière tournée du facteur. Et c’est très bien ainsi. Car les lieux qui résistent au temps sont aussi ceux qui le racontent le mieux.
Saint-Mammès, c’est la France des marges. Celle des bateliers, des marins d’eau douce, des gens de peu qui regardent la Seine comme un miroir de leur destin. Un chien pue, un silure agonise, un homme lève son verre : on n’est pas bien, là ?
Et si tout le bonheur du monde tenait dans cette scène-là — sans filtre ni folklore — où l’on sent, pour un instant rare, que rien n’a changé. Que rien...
Read moreQuand je lis accueille chaleureux, je constate qu'on a pas la meme notion du chaleureux ! Sur la route de notre petit tour en velo on se pose a une table de ce bar. Un serveur (voire le patron) apporte des boissons sur la table d'a côté, une fois cette table servi, il ne vient pas nous voir pour prendre la commande... 2min apres il revient rendre la monnaie de la table a côté, passe a côté de nous sans nous adresser un regard puis repart dans son bar. On attend 5 min, on voit personne arriver, cette même personne était en train de passer une chiffonnette sur les tables a l'intérieur. Donc nous sommes partis... et on n'y reviendra pas. Il doit assez faire son beurre comme ca pour traiter les...
Read moreJe suis extrêmement déçu par mon expérience dans ce bars moisi L’hygiène laisse clairement à désirer, le service est lent, désorganisé et visiblement réservé à une poignée de “privilégiés” qui passent devant tout le monde sans aucune gêne. Le personnel, et particulièrement le patron, se montre désagréable, impoli, et totalement fermé à la moindre remarque. Aucune considération pour les clients “ordinaires”. Je déconseille fortement cet établissement à toute personne qui espère passer...
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